Un bar bondé, un soir. Rien d’anormal, en apparence. Et puis quelque chose lâche à l’intérieur. Le cœur qui s’emballe, l’air qui manque, l’urgence de sortir, là, tout de suite. C’est une scène que j’ai entendue plusieurs fois en cabinet, presque mot pour mot. Une vague d’angoisse qui submerge sans prévenir, dans une situation que rien ne laissait présager dangereuse — le signe typique des angoisses profondes.
En Rêve Éveillé Libre (REL), à Palézieux-Gare, je reçois régulièrement des personnes marquées par ce type d’angoisses profondes — une phobie du vomi, une peur de prendre l’autoroute, une panique dans la foule. Le point commun, presque toujours : ces angoisses ne datent pas d’hier. Elles remontent de loin, et c’est précisément pour ça qu’elles résistent à la volonté et au raisonnement.
D’où viennent vraiment les angoisses profondes ?
Vous avez peut-être déjà vécu ça : vous raisonnez, vous respirez, vous vous dites que « ça n’a pas de sens » d’avoir peur d’un supermarché plein ou d’une route dégagée. Et pourtant, le corps ne vous écoute pas.
C’est le signe distinctif des angoisses profondes : elles ne répondent pas à la logique du moment présent, parce qu’elles ne parlent pas du moment présent. Elles parlent d’un moment ancien, parfois très ancien, où quelque chose a débordé la capacité de l’enfant ou de l’adulte à l’absorber.
J’ai accompagné des personnes très sensibles, parfois marquées par des intrusions vécues plus jeunes — des agressions, une atmosphère familiale envahissante, un climat où les limites du corps n’étaient pas respectées. Chez elles, la barrière qui protège habituellement d’un excès de monde, de bruit ou de proximité physique a plus de mal à filtrer. Une foule, un embouteillage, une odeur particulière : le trop-plein revient, et avec lui la vague.
Ce n’est pas de la fragilité. C’est une mémoire du corps qui n’a jamais eu l’occasion de se dire autrement qu’en symptôme.
Comment le Rêve Éveillé Libre remonte jusqu’à la racine
Le Rêve Éveillé Libre, créé par Georges Romey dans la continuité des travaux de Robert Desoille, utilise l’image spontanée comme chemin vers ce que les mots seuls n’atteignent pas. Installé confortablement, les yeux fermés, vous laissez venir ce qui se présente — une clairière, un mur, une silhouette. Rien n’est imposé, rien n’est interprété à votre place : je vous accompagne pour explorer ce que ces images racontent, et pour les laisser se transformer.
C’est cette liberté totale — pas de scénario dirigé, pas de suggestion — qui distingue le Rêve Éveillé Libre d’autres approches plus directives, et qui en fait un outil particulièrement adapté pour travailler des angoisses profondes, là où les mots seuls butent souvent.
Pour la personne qui panique dans la foule, le travail ne consiste pas à « gérer » la panique du moment présent — c’est le rôle d’un accompagnement pour la crise aiguë. Ici, il s’agit de redescendre, séance après séance, jusqu’à l’image qui porte l’intrusion originelle, et de lui donner enfin l’espace qu’elle n’a jamais eu pour se déposer. Une angoisse ancienne se traite en amont, pas seulement au moment où elle explose.
Sur les sujets liés à un vécu traumatique, le Rêve Éveillé Libre vient en complément d’un suivi médical ou psychothérapeutique, jamais à sa place.
Une image qui se transforme, un poids qui se dépose
Marie avait toujours redouté que son conjoint disparaisse sans prévenir — une peur disproportionnée, qu’elle-même trouvait absurde. En séance, une petite fille est apparue derrière une vitre, regardant les autres jouer dehors. L’image a rouvert le souvenir d’un internat vécu à huit ans comme un abandon pur. En la revisitant avec douceur, cette peur ancienne a cessé de dicter ses relations.
C’est précisément ce type de blocage ancien que nous travaillons ensemble en séance : pas en forçant le souvenir à ressortir, mais en laissant l’image venir à son rythme, et en lui donnant enfin un endroit où se poser.
Questions fréquentes sur les angoisses profondes
Une angoisse ancienne peut-elle disparaître complètement ? Elle s’apaise et perd son emprise au fil des séances, à mesure que l’image ou le souvenir qui la portait trouve sa place. Le rythme varie selon les personnes : certaines ressentent un changement dès les premières séances, d’autres ont besoin d’un travail plus étalé.
Et si aucune image ne vient en séance ? Cela arrive, et ce n’est pas un échec. Nous passons alors par d’autres canaux — une sensation, un son, un mot — qui ouvrent souvent la porte à une image plus tard.
Est-ce que ça remue beaucoup d’émotions ? Parfois, oui. C’est justement pour ça que le travail se fait accompagné, à votre rythme, jamais en force.
Reconnaître une angoisse ancienne, la première étape
Si vos angoisses reviennent depuis des années, sans lien clair avec ce qui se passe aujourd’hui, ce n’est pas un défaut de volonté. C’est une histoire qui attend encore d’être entendue. Le premier pas, souvent, c’est simplement de noter les situations où la vague survient — la foule, la route, un lieu précis — pour que nous ayons un point de départ concret dès la première séance.
