On vous a sans doute souvent raconté votre naissance comme une épopée. On vous a parlé des grammes gagnés jour après jour, de la « bataille » pour la vie, du miracle que vous étiez. C’est une belle histoire de survie.
Mais aujourd’hui, le grand prématuré devenu adulte que vous êtes ressent peut-être une réalité plus nuancée, moins héroïque et souvent invisible aux yeux des autres.
Une fois les couveuses loin derrière, il reste parfois une étrange sensation : celle de devoir continuer à se battre, chaque jour, juste pour « faire comme tout le monde ». Si vous ressentez une fatigue incompréhensible ou l’impression d’être toujours à contre-temps dans une société qui va trop vite, sachez que vous n’êtes pas seul(e). Et surtout, que ce n’est pas « dans votre tête ».
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Entre le temps infini et l’urgence : une horloge interne singulière
J’observe souvent chez les personnes nées très prématurément une manière unique d’habiter le temps, marquée par une sorte de grand écart intérieur.
D’un côté, il y a la mémoire cellulaire d’un « temps océanique » : ce souvenir enfoui de la vie in utero où l’on flotte, où tout est infini, sans heure, sans attente. De l’autre, il y a le souvenir brutal de l’arrivée précoce dans le monde : le « temps mécanique » de l’hôpital, rythmé par les alarmes, les lumières artificielles et l’urgence vitale.
Ce qui a manqué au grand prématuré, c’est le sas de décompression. La fin de la grossesse sert normalement à apprendre le rythme, la patience et l’ennui en douceur. Sans cette transition, l’adulte se retrouve souvent à fonctionner en mode « Tout ou Rien » :
Soit dans une hyper-activité épuisante pour prouver qu’il est vivant (l’héritage de la survie).
Soit dans un effondrement soudain, une « mise en veille » brutale quand la batterie est vide.
Il manque ce milieu apaisé, cette capacité à vivre le temps qui passe sans angoisse.
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La fatigue chronique de l’adulte ex-prématuré : une facture invisible
C’est sans doute le point le plus difficile à faire entendre à l’entourage et au monde du travail. Pourquoi êtes-vous si souvent épuisé alors que vous semblez en bonne santé ?
Être un adulte né grand prématuré, c’est souvent vivre avec une « hypersensibilité » sensorielle. Le bruit de l’open-space, les lumières vives, l’agitation d’une foule… tout vous parvient sans filtre. Pour s’adapter et paraître « normal », votre cerveau doit effectuer un travail de tri colossal que les autres font automatiquement. C’est ce qu’on appelle la sur-adaptation.
Ce sentiment de vivre au ralenti n’est pas de la paresse. C’est seulement un mécanisme de protection. Malheureusement, notre société valorise la performance constante. Tenter de suivre ce rythme industriel à 100% demande souvent un sacrifice financier (passer à temps partiel) ou social (s’isoler pour récupérer), créant un sentiment injuste et de culpabilité.
Le Rêve Éveillé Libre : réparer le fil du temps
Comment apaiser cette tension entre le besoin de lenteur et l’injonction à la vitesse ? C’est là que le Rêve Éveillé Libre offre une voie de passage précieuse.
Contrairement aux thérapies qui analysent « pourquoi » vous allez mal, le Rêve Éveillé Libre permet de retourner dialoguer directement avec vos sensations et votre mémoire corporelle.
Dans l’espace sécurisé de la séance, nous ne cherchons pas à vous « rééduquer » au monde rapide. Au contraire :
Retrouver la sécurité originelle : Vous pouvez revivre et vous réapproprier ce « temps océanique » apaisant qui vous a manqué, mais cette fois-ci en étant accompagné et en sécurité.
Sortir de l’urgence : C’est un espace où vous avez le droit de ne rien produire, de ne rien réussir. Vous dites à votre système nerveux : « La guerre est finie, tu peux déposer les armes. »
Réconcilier le corps et l’esprit : Les images qui émergent permettent de retisser le lien avec un corps qui a parfois été source de douleur, pour en faire enfin un lieu de confort.
Si vous vous sentez en décalage, sachez que votre rythme a une raison d’être. Le Rêve Éveillé est une invitation à arrêter de courir contre la montre pour enfin habiter votre propre temps.
Pour aller plus loin : Mettre des mots sur votre vécu
Parfois, comprendre que ce que l’on ressent est partagé par d’autres ou expliqué par la science est la première étape vers l’apaisement. Voici trois pistes concrètes pour creuser le sujet :
La confirmation scientifique : Ce n’est pas « dans votre tête » Les grandes études de suivi, comme EPIPAGE 2 menée par l’INSERM en France, commencent à mettre en lumière que la prématurité laisse des traces fines sur le long terme. Elles confirment que la fatigabilité ou les troubles de l’attention ne sont pas de la « mauvaise volonté », mais des réalités neuro-développementales suivies de près par la recherche.
🔗 À consulter :
qui synthétise les enjeux de santé et de recherche.Le dossier « Prématurité » de l’INSERM La « Personnalité Prématurée » : Une adaptation logique Les travaux du Professeur Dieter Wolke (Université de Warwick) ont identifié des traits de caractère fréquents chez les adultes nés très tôt : une plus grande introversion, une prudence accrue et un retrait social plus marqué. Ce ne sont bien sûr pas des défauts, mais des mécanismes de défense intelligents mis en place très tôt pour se protéger.
🔗 À lire (en anglais) :
résumant l’étude sur la personnalité des adultes nés très prématurément.L’article de l’Université de Warwick Une lecture pour le cœur : « Naître prématuré » Pour toucher à la dimension plus émotionnelle et psychanalytique, le livre de Catherine Vanier est un éclairage précieux. Il aide à comprendre comment l’entrée fracassante dans la vie, au milieu des machines, façonne l’histoire de l’être humain.
🔗 Référence :
(Éditions Bayard) – Lien vers la présentation sur Cairn.info.Naître prématuré : Le bébé, son médecin et son psychanalyste