Un patient me disait un jour, en consultation, qu’il avait envie de disparaître. Pas de mettre fin à ses jours au sens où on l’entend d’habitude — plutôt de se fondre dans le vide lui-même, de ne plus être une forme distincte au milieu de rien. C’est cette sensation-là, précisément, que le travail de deuil vient souvent réactiver : l’impression que plus rien n’a d’impact, que ce qu’on fait ou ne fait pas ne change rien à rien.
Pourquoi le vide fait-il si peur ?
Le vide évoque le danger et le vertige — pensez à cette phrase qu’on dit à un enfant au bord d’une falaise : attention, en dessous, il y a le vide. En Rêve Éveillé Libre, la méthode que je pratique à Palézieux-Gare, dans le canton de Vaud, cette peur n’est pas à éviter mais à traverser : le vide qui apparaît dans un rêve de deuil n’est pas un obstacle, c’est une étape du travail lui-même.
Le vide touche aussi à ce qu’on ne peut pas mesurer, ni saisir — et c’est peut-être pour ça qu’il résonne autant avec la mort, elle-même indéfinissable, puisque personne ne sait vraiment ce qu’il y a derrière.
Le vide est-il aussi une part de soi à découvrir ?
Explorer le vide, c’est aussi découvrir des parts de soi restées dans l’ombre — sans que ce soit nécessairement une ombre au sens négatif du terme. Dans les rêves, cette exploration ressemble souvent à une traversée du désert : une zone aride, où on ne s’aventure pas sans y être un minimum préparé, mais dont on ne ressort jamais tout à fait indemne. Il y a un avant et un après.
Certaines personnes se sont familiarisées avec ce vide depuis l’enfance, faute d’avoir été suffisamment sollicitées par leurs parents — elles en connaissent déjà les contours. Pour d’autres, le vide reste une terre inconnue. Dans les deux cas, le rêve propose la même chose : une confrontation, en douceur, avec ce néant.
Le désert et la montagne : pourquoi ces images reviennent dans les rêves de deuil
Le désert est l’un des symboles qui revient le plus souvent dans les cures de rêve centrées sur le deuil — j’en donne un exemple concret dans Deuil et Rêve Éveillé Libre, où une image de montagne recule peu à peu pour laisser place à cet espace. La montagne, justement, est souvent la première forme que prend la peur du vide avant que le passage ne s’ouvre.
Cette traversée a quelque chose d’un rite initiatique. Pierre-Yves Albrecht décrit le désert comme lieu d’initiation chez les Touaregs : le jeune homme y erre plusieurs nuits, seul avec le troupeau dont il a la charge, confronté à ses propres peurs. À son retour, il est accueilli comme celui qui les a traversées. C’est un peu ce que propose le rêve face au vide du deuil : une réactivation du néant, pour affronter ce qui, en nous, en a le plus peur.
Le vide de la naissance, première expérience du rien
La toute première expérience du vide remonte peut-être à la naissance elle-même — ce passage du plein, porté par le corps de la mère, à un vide soudain, cette sensation de chute qui n’est plus retenue par rien. Une angoisse existentielle profonde, primitive, souvent impossible à nommer. Le décès d’un proche peut réactiver cette peur ancienne, et c’est parfois pour ça qu’un deuil se fige : la personne ressent quelque chose de très ancien sans pouvoir mettre de mots dessus.
Si un vide de ce genre vous accompagne depuis un deuil et que vous n’arrivez pas à le traverser seul, prenez rendez-vous pour une première séance — 100 CHF, non remboursée par l’assurance de base ou complémentaire.
Si cette envie de disparaître dont je parlais en ouverture vous est familière, elle mérite d’être adressée aussi avec un médecin ou un psychiatre — la cure de Rêve Éveillé Libre vient en complément d’un suivi médical, jamais à sa place.
Questions fréquentes
Le vide ressenti pendant un deuil est-il normal ? Oui, c’est une étape fréquente du travail de deuil, pas un signe que quelque chose ne va pas. Le vide devient problématique surtout quand il reste figé, sans évolution dans le temps.
Pourquoi le désert revient-il si souvent dans les rêves liés au deuil ? Parce qu’il porte à la fois l’idée d’un espace aride à traverser et celle d’une transformation intérieure — on n’en ressort jamais tout à fait comme on y est entré.
Faut-il consulter si on a envie de disparaître pendant un deuil ? Oui, il vaut mieux en parler à un professionnel — médecin, psychiatre, ou thérapeute — plutôt que de porter seul cette sensation, quelle que soit son intensité.
