Il y a quelques temps, j’accompagnais une femme en cure de Rêve Éveillé Libre, rongée par la culpabilité — une culpabilité qui n’avait pourtant aucune raison d’être. Victime d’une agression sexuelle dans sa jeunesse, elle se sentait encore, des années plus tard, coupable de ce qui lui était arrivé. Nous avons travaillé ensemble sur ce poids, et grâce aux images qui sont venues en séance, elle a fini par pouvoir le poser et repartir vivre sa vie sans le porter à sa place.
Comprendre la culpabilité, c’est d’abord comprendre qu’elle ne dit pas toujours la vérité sur qui est responsable de quoi.
Qu’est-ce que la culpabilité, au juste ?
La culpabilité est un sentiment complexe, qui naît d’une situation dont on se sent responsable — souvent mêlée à la honte ou au regret. Elle peut porter sur une vraie faute, un mot qu’on aurait dû dire, une décision qu’on regrette. Mais elle peut aussi s’installer là où il n’y avait, en réalité, aucune faute à porter : c’était le cas de la personne dont je vous parlais, coupable d’avoir subi quelque chose qu’elle n’avait ni choisi ni provoqué.
Elle joue aussi un rôle utile : elle agit comme un garde-fou, un lien avec nos valeurs et avec ce qui nous relie aux autres. Le problème n’est donc pas la culpabilité en elle-même, mais le moment où elle prend trop de place, ou s’attache à quelque chose qui ne nous appartient pas.
D’où vient la culpabilité ?
Chez la personne dont je vous parlais, la culpabilité était née de l’impuissance : celle de n’avoir pas pu exprimer un refus, un désir, une limite, au moment où c’était nécessaire. Comme si elle s’était enfermée dans une faute qu’elle n’avait pourtant pas commise — tiraillée entre le besoin de continuer à aimer et à être aimée, et le deuil de ce qui lui avait été arraché.
C’est une dynamique fréquente : la culpabilité se loge souvent là où l’on n’a pas eu la possibilité d’agir autrement, et se retourne contre soi plutôt que contre ce qui a réellement causé du tort.
Comment se défaire d’une culpabilité qui pèse trop lourd ?
Se sentir coupable empêche de se voir soi-même autrement qu’à travers le regard de l’autre — et donc de voir ses propres qualités, pas seulement ses manques. Prendre du recul permet de remettre chacun à sa juste place. Voici quelques pistes que vous pouvez explorer seul ou accompagné :
- Regarder froidement la situation qui a déclenché cette culpabilité, sans se juger en le faisant.
- Se demander ce qui a réellement été « mal fait », et ce que cela a concrètement provoqué.
- Identifier ce qu’il serait possible de réparer, si quelque chose peut l’être.
- Se questionner sur ses propres valeurs, et sur la façon dont elles ont été bousculées dans cette situation.
- Vérifier si, dans d’autres situations, ces mêmes valeurs ont été respectées — pour mesurer si la faute est aussi grande qu’elle en a l’air.
- Se réaligner sur ses valeurs, en se demandant si la barre n’a pas été placée trop haut.
Ce que le Rêve Éveillé Libre peut apporter face à la culpabilité
Le Rêve Éveillé Libre peut aider à explorer les racines les plus anciennes d’une culpabilité, y compris celles liées à des enjeux psychiques plus profonds que la psychanalyse a longtemps étudiés — sans qu’il soit nécessaire de tout comprendre intellectuellement pour que le travail avance. Les images qui émergent en séance permettent souvent d’atteindre ce que l’analyse rationnelle seule n’arrive pas à dénouer.
C’est précisément ce type de travail que nous faisons ensemble en séance : non pas dissoudre la culpabilité d’un coup de baguette, mais l’accompagner suffisamment loin pour qu’elle cesse de peser plus qu’elle ne devrait.
Prendre rendez-vous pour une première séance
Ce qu’en disent la psychanalyse
Freud reliait la culpabilité à la tension entre le Moi et le Surmoi — cette instance intérieure héritée des figures parentales, qui surveille et parfois punit. Il la décrivait comme un sentiment né de cette tension, se manifestant par un besoin de punition (Freud, Malaise dans la civilisation).
Pour Lacan, la culpabilité naît le plus souvent d’un renoncement à son propre désir plutôt que d’une transgression réelle — l’idée qu’on se rend coupable non pas d’avoir mal agi, mais d’avoir cédé sur ce qui comptait vraiment pour soi (Lacan, Le Séminaire, livre VII). Il distinguait une culpabilité « névrotique », où l’on prend sur soi la faute d’un autre pour le protéger, d’une culpabilité plus mélancolique, où l’on se dépossède de tout ce qui pourrait nous faire exister aux yeux des autres.
Ces lectures ne remplacent pas un accompagnement, mais elles éclairent une chose essentielle : la culpabilité est rarement le reflet exact d’une faute réelle. C’est un sentiment profondément humain, aussi précieux pour la vie en société qu’il peut devenir lourd à porter seul.
Pour aller plus loin sur le plan théorique, deux articles de référence : Cairn.info sur la culpabilité et la psychanalyse et Cairn.info, analyse freudienne.
Diplômé EREL, reconnu ADREL et FF2P, je pratique le Rêve Éveillé Libre depuis plus de 6 ans à Palézieux-Gare, dans le canton de Vaud — vous pouvez retrouver mon parcours sur la page à propos. Lorsque la culpabilité s’accompagne d’idées noires ou d’un épisode dépressif installé, un suivi médical reste indispensable en parallèle ; la cure vient en complément de ce suivi, jamais à sa place.
Questions fréquentes
Peut-on se sentir coupable de quelque chose qu’on n’a pas fait ? Oui, c’est même l’un des cas les plus fréquents en cabinet — une culpabilité qui s’attache à un événement subi plutôt que causé, souvent liée à l’impuissance ressentie sur le moment plutôt qu’à une vraie responsabilité.
La culpabilité est-elle toujours un problème à résoudre ? Non. Elle joue aussi un rôle de repère moral, utile à la vie en société. Le travail consiste à distinguer la culpabilité qui a du sens de celle qui pèse sans raison.
Combien de temps faut-il pour se défaire d’une culpabilité ancienne ? Cela dépend de sa profondeur et de son origine. Certaines personnes ressentent un allègement dès les premières séances, d’autres ont besoin d’un travail plus étalé dans le temps.
