Ce matin-là, une femme entre dans mon cabinet débordante d’entrain. Commerçante, une petite entreprise qu’elle gère d’une main de maître, un compagnon charmant, des affaires qui prospèrent. Puis elle s’assied, et elle me dit qu’elle ne va pas bien du tout. Morose en permanence, ennuyée par tout. Avec une réserve dans la voix, elle me raconte ses fausses couches, une après l’autre, jusqu’à la cinquième, un mois plus tôt à peine. Pas une larme. Comme une forteresse construite pour rester maîtresse de ses émotions — mais à l’intérieur, elle est en miettes, et je le sens.
Peut-on vraiment faire le deuil d’une fausse couche ?
Oui, même après plusieurs fausses couches rapprochées, même sans corps à enterrer ni cérémonie prévue. En Rêve Éveillé Libre — la méthode que je pratique à Palézieux-Gare, dans le canton de Vaud —, ce deuil se travaille comme n’importe quel autre : en lui donnant enfin un espace pour exister, ce qui n’avait pas été possible jusque-là.
Pourquoi ce deuil reste-t-il si souvent en suspens ?
Ma première question à cette femme a été simple : avait-elle fait le deuil de ces embryons non nés ? Sa réponse a été non. Elle n’avait pas eu la force, le temps, ni l’énergie — les fausses couches s’étaient enchaînées avec à peine un an et demi entre chacune. Rien dans son emploi du temps ni dans son entourage ne lui avait laissé la place de s’arrêter.
Comment ce deuil a-t-il pu enfin se faire ?
Nous avons mis en place un journal, dans lequel elle pouvait s’adresser à chacun de ses embryons de manière personnalisée. Certains avaient déjà un prénom, d’autres non — cela n’avait aucune importance. Elle y a déposé ce qu’elle n’avait jamais pu partager avec son entourage, et a fini par reconnaître, noir sur blanc, la perte de ce qui aurait dû naître.
Ses rêves ont ensuite mis en lumière ce qui entravait, chez elle, le désir d’un deuxième enfant : un lien avec la naissance de son propre frère, restée traumatisante, et la pression qu’elle se mettait au travail, qui l’empêchait d’être pleinement disponible pendant une grossesse. Elle voulait être enceinte sans les désagréments qui l’accompagnent — cette femme active ne supportait pas l’idée de s’arrêter. Son corps, lui, a fini par imposer l’arrêt, fausse couche après fausse couche, jusqu’à ce qu’elle prenne enfin le temps de regarder ce qui se jouait.
Qu’est-ce qui a marqué le tournant ?
Il a fallu une dizaine de séances de Rêve Éveillé Libre. Sur mes conseils, elle a organisé une petite cérémonie d’adieu, en présence de sa fille et de son compagnon. Chacun a pu dire au revoir à ces bébés potentiels qui n’avaient jamais vu le jour. Elle a lu une phrase dédiée à chacun d’eux, et sa fille a déposé cinq petits bateaux en papier sur l’eau.
Je l’ai revue quelques semaines plus tard, après ses vacances. Une femme bien plus apaisée était assise en face de moi. Ces fausses couches faisaient désormais partie d’elle, sans plus la faire souffrir. Elle m’a parlé de son désir de retrouver une intimité sereine avec son compagnon, sans se remettre la pression pour concevoir. Quelques mois plus tard, elle m’annonçait leur mariage — un point final à cette période.
Si vous portez le deuil d’une fausse couche, seule ou accompagnée, sans avoir trouvé l’espace pour le vivre, prenez rendez-vous pour une première séance — 100 CHF, non remboursée par l’assurance de base ou complémentaire.
Diplômé EREL, reconnu ADREL et FF2P, je pratique le Rêve Éveillé Libre depuis plus de 6 ans — vous pouvez retrouver mon parcours sur la page à propos et le détail de la méthode sur la page Rêve Éveillé Libre. Une fausse couche reste aussi un événement médical : ce travail vient toujours en complément d’un suivi gynécologique, jamais à sa place.
Questions fréquentes
Peut-on faire le deuil d’une fausse couche sans avoir pu voir ou nommer l’enfant ? Oui. Le deuil ne dépend pas d’avoir un corps, un prénom ou une cérémonie prévue à l’avance — il peut se construire après coup, à son propre rythme.
Combien de temps faut-il pour faire ce deuil ? Il n’y a pas de délai type. Dans le cas décrit ici, une dizaine de séances ont suffi, mais chaque parcours est différent, surtout après plusieurs pertes rapprochées.
Faut-il organiser une cérémonie pour faire ce deuil ? Ce n’est pas obligatoire, mais cela peut aider à donner une forme concrète à une perte restée invisible aux yeux des autres. Le livre Faire son Deuil, vivre un chagrin de Manu Keirse est aussi une ressource utile pour accompagner cette réflexion.
